Pour le 1er mai les 3 Maisons s’étaient mises sur leur 31

Nancy |

Si du côté de la gauche de la gauche le slogan de ce jour-là fut « ni patrie, ni patron », juste derrière, en toute fin de cortège, avant la haie de CRS et… les élus paradant pour le front républicain de sécurité, le slogan était « ni Hénart, ni béton ».

Derrière une fière girafe, nouvel emblème de ce lieu de culture en danger, le collectif Nos3Maisons avait rassemblé ses troupes. Arrivé en haut de la rue Gambetta, les anars de tout poil et autres gauchistes et antifascistes revendiqués, et revendiquant, laissèrent la girafe les doubler et délaissant le cortège officiel prirent le chemin des écoliers vers l’ancienne école des 3 Maisons.

Gentiment protégées par pas moins d’une vingtaine de policiers de la BAC, ainsi que par 5 cars de céhéresses (sur les 8 qui accompagnaient le cortège officiel), les 300 ou 400 personnes qui avaient pris la clef des champs se rendirent au travers de la Vielle Ville à l’ancienne école, dans la cour de laquelle, on les attendait de pied ferme. La fête des « 3 Musettes » fut particulièrement réussie : entre 800 et 1000 personnes franchirent le portail, qui pour se restaurer, qui pour écouter les concerts, qui pour danser au son de l’accordéon.

La fête était belle, mais la réalité municipale l’est bien moins. Car, la Ville, malgré la pétition signée par plus de 4750 personnes, compte bien vendre les lieux à un promoteur immobilier.

Retour en arrière

Fin décembre 2016, la Mairie conviait une délégation du collectif à une prise de contact et discussion sur l’avenir de l’ancienne école. Les membres du collectif remettaient à cette occasion la pétition au maire ; ils demandaient qu’une réelle concertation ait lieu et que l’avenir de l’ancienne école ne soit pas celui d’être détruite pour laisser place à des logements. À ces mots, le maire répondait que rien n’était arrêté et qu’il y aurait un appel à projets lancé au cours du premier semestre 2017, qui ne serait pas nécessairement limité à de l’habitat, et que, par ailleurs, les façades de l’école seraient en tout état de cause préservées dans le futur projet.

À la suite de cette rencontre, début janvier, le collectif fut invité à une réunion avec les services techniques, qui devaient expliquer en gros que s’ils n’avaient pas fait les calculs précisément, en fait, ils ne les avaient pas faits du tout, la rénovation de l’ancienne école était de toute façon beaucoup trop chère pour la ville… Le collectif fit alors une lettre ouverte au maire pour lui redemander d’organiser une véritable concertation et de suspendre le projet de vente tant que cette concertation n’aurait pas eu lieu. Par ailleurs, il était demandé à la Mairie de réaliser une véritable évaluation des travaux de rénovation.

Suite à quoi, la mairie a fait savoir au collectif que celui-ci faisait « part de son opposition de principe » à la vente et qu’il « n’entend [ait] pas la problématique démographique à laquelle le quartier Nord Est de Nancy est aujourd’hui confronté »… Donc fermez le ban, la décision est prise : « L’ancienne école de Fontenoy […] sera donc cédée dans la perspective de la réalisation d’un programme immobilier mixte qui mêlera habitat collectif et espaces d’activités. »

En simplifiant, la Ville de Nancy, qui se proclame « citoyenne », répond à ceux qui l’interpellent : « Vous demandez une concertation, vous aurez du béton ! »

Un pas en avant, deux pas en arrière, le tango du béton

Voilà, ce qui avait motivé le collectif pour organiser ce 1ermai festif et revendicatif. Depuis, les lignes semblent avoir bougé – « semblent », j’insiste. La réussite de ce 1ermai n’est sans doute pas pour rien dans l’actuelle attitude, légèrement plus conciliante de la Mairie, qui envisage de rencontrer de nouveau le collectif. Mais aujourd’hui, il faut plus que jamais rester mobilisé, car ce tango du béton que nous joue la Mairie depuis plus d’un an risque bien d’être seulement le prélude des vrais travaux ; la petite musique du petit bal de Hénart n’est peut-être là que pour nous faire croire que rien n’est perdu.

Aussi, le collectif appelle à un rassemblement public pour défendre l’ancienne école et le jardin partagé, le lundi 29 mai, à 18 heures, place Stanislas, sous les fenêtres du conseil municipal réuni ce jour-là.

Bas coup

Photo : Lucile Nabonnand

Article paru dans RésisteR ! #49, le 20 mai 2017



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