Le BIO c’est bien, mais...

Commercy |

Pour avoir distribué paisiblement le texte qui suit lors de la Foire Bio du 3 septembre 2016 à Commercy, certains des membres de la Graine ont été agressés verbalement et physiquement menacés. Sans doute faut-il ne pas s’en prendre aux bonnes consciences qui ronronnent dans leur assoupissement paresseux ?

Cette année, l’association « La Corde Verte », organisatrice de la Foire Bio du 3 septembre à Commercy, a refusé à LA GRAINE la possibilité de tenir un stand. Le prétexte de ce refus aurait été que LA GRAINE serait « trop politisée ».

Mais, comment peut-on être trop politisé ? Que signifie au fond cette accusation ? Que nous dit-elle sur l’association « La Corde Verte », et peut-être sur une certaine tendance générale du BIO ?

Personne ne va nier ici que le souci de se nourrir sainement est légitime. Personne ne va nier non plus que ce souci peut amener à privilégier des producteurs locaux, des circuits courts, donc à encourager une économie alternative à la grande distribution capitaliste, et plus écologique dans son ensemble.

Notons au passage que, si cela fait partie des buts que se donne l’association « La Corde Verte », cela relève du champ politique au vrai sens du terme, c’est-à-dire de l’action de citoyens qui veulent, par leurs réflexions, leurs actions, leurs pratiques, changer le destin collectif. Ce par opposition à une citoyenneté tronquée qui ne s’exerce le plus souvent que le temps de glisser un bulletin dans une urne, pour ensuite laisser aux élus carte blanche. Ainsi donc, qu’elle le veuille ou non, l’association « La Corde Verte » est elle-même politisée, probablement à son insu, hélas, de même que monsieur Jourdain faisait de la prose sans le savoir. Mais que veut dire alors être « trop politisé », où se situe le seuil à ne pas franchir si on veut éviter les foudres de l’association « La Corde Verte » ?

Peut-être ne faut-il pas demander si les Meusiens ont voté pour le projet CIGEO à Bure, si les Français ont voté pour la « Loi Travail », si nous vivons en démocratie ? Peut-être faut-il éviter de remarquer que l’économie est presque tout entière soumise à la création du profit capitaliste, ce profit qui ne va que dans quelques poches fortunées, et qui impose pourtant à l’ensemble de la vie humaine de se plier à ses exigences, sans parler des dégâts environnementaux engendrés par la production à tout prix qu’il implique ? Ou alors faut-il se garder de supposer que le BIO ne pourrait concerner qu’une fraction de la population, pendant que les pauvres, toujours plus nombreux, se trouvent réduits au hard discount ? Faut-il encore fermer les yeux sur le fait que les cadences, le management, la précarité etc. rendent les gens malades et que le BIO n’y peut guère ? Est-ce donc tout cela qui rend « trop politisé » ? Est-ce le refus de regarder les choses par le petit bout de la lorgnette, la volonté de faire des liens et d’envisager les problèmes dans leur globalité ? Ainsi donc, le crime serait d’avoir mis le doigt sur les limites de la démarche de « La Corde Verte » ? De maintenant souligner que, en nous refusant un stand, cette association se prononce délibérément en faveur de l’aveuglement sur des questions aussi fondamentales que celles de la démocratie, de l’économie, du social ? Et pourtant, nous reconnaissons que le BIO peut être un point de départ pour accéder à la lutte plus globale que nous revendiquons, mais encore faut-il le vouloir et ne pas délibérément se mettre des œillères. Ou bien faut-il considérer que seuls les beaux légumes comptent, et détourner pieusement le regard de l’implantation à Commercy d’une entreprise qui vend des armes de guerre à l’Etat saoudien, barbare, et dont on sait les liens avec le terrorisme ?

A vrai dire, peu importe « La Corde Verte », nous entendions ici dénoncer une certaine conception du BIO, étroite, myope, frileuse, en un mot : petite-bourgeoise. Et certes, à LA GRAINE, nous refusons de nous contenter de regarder au fond de la cuvette des WC pour vérifier que nos selles sont belles et saines. Certains diront que nous sommes trop radicaux, et d’autres que ce n’est pas avec la sophrologie qu’on va changer cette foutue société.

Oui décidément, le BIO, c’est bien, mais…



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